Feuille si
blanche...
Aujourd’hui sur
toi je m’épanche,
Te donnant ces
parts de mon âme
Qui te
parleront d’une femme,
Et de
la noblesse d’un cœur
Qui me
délectait de douceur…
Feuille
si discrète
Sur toi mes yeux vont et s’arrêtent
Tandis que sans fin le train file
Dans la
campagne qui défile
Et s’ils retiennent leurs larmes
C’est pour ne point rompre ton charme…
Feuille sans
adresse
Miroir subtil de ma tristesse,
Pourras-tu,
pour moi seulement,
Me parler de
pluie et de vent
Ainsi qu’elle
me murmurait
Lorsque j’étais
désemparé?
Feuille sans couleur
Toi seule aux tréfonds de mon cœur
Saura connaître mes
tourments
Lorsque la détresse me
prend
Et jaillit du fond de moi
Au seul souvenir de sa
voix…
Feuille silencieuse
De moi ne sois donc si curieuse,
Sinon me suivre en ma dérive
Au large où mon esquif
chavire,
Pour me guider de ton
fanal
Sur l’océan noir de mon
mal…
Feuille innocente
Où mon âme se perd et s’absente
Sauras-tu donc porter le
poids
De tout ce que je veux en
toi
Inscrire d’elle au jour qui
fuit
Avant que ne vienne la
nuit ?...
Feuille mon refuge
Mes mots en toi comme un déluge
Plongent au fond de ta
blancheur
Pour renaître en ces voix d’un
chœur
Qui chante la déréliction
La nostalgie et la
passion…
Feuille du hasard
Est-il, crois-tu, vraiment trop tard
Pour dessiner son doux
visage,
De ses yeux faire un
coloriage,
Garder du contact de sa
main
Le souvenir jusqu’à
demain ?…
O feuille fidèle
Envole-toi à tire d’ailes
Bien au dessus de toute
terre
Pour te faire ma
messagère
Posant sur son front
apaisé
Pour moi seul un dernier
baiser…
O ma feuille si
blanche...